La clé qui change tout pour Martine

Quand Martine parle de son nouvel appartement, l’émotion monte rapidement. Ce n’est pas simplement un logement qu’elle s’apprête à habiter, mais bien un espace à elle, pour la première fois depuis longtemps.
« Juste d’avoir une clé, dit-elle, ça change tout. » Une clé qui n’est plus associée à la peur, au contrôle ou à la violence, mais à la sécurité, à la liberté et à la dignité.

Photo : Martine avec Rosa, son accompagnatrice Chez Doris
Le parcours de Martine est marqué par des épreuves profondes. Partie de chez elle à l’âge de 15 ans, elle a rapidement été confrontée à des environnements difficiles. Pendant cinq ans, elle a vécu sous le joug d’un propriétaire violent qui exerçait un contrôle sur sa vie et ses finances. À cela se sont ajoutés des enjeux de consommation qui ont fragilisé encore davantage sa situation et bouleversé sa trajectoire.
À un moment de sa vie, ces difficultés l’ont menée à prendre une décision extrêmement douloureuse : son enfant a été pris en charge par la DPJ. Une séparation qui laisse une trace durable, même aujourd’hui. Progressivement, les repères se sont effrités.
Martine a connu une période d’itinérance, vivant dans des conditions précaires, affrontant la réalité de la rue et l’insécurité qu’elle impose. « J’ai connu l’extrême », résume-t-elle avec simplicité.
Pendant des années, elle a tenu du mieux qu’elle pouvait, jusqu’à ce qu’un événement vienne tout bouleverser. Le décès de son conjoint au début de l’année 2025 l’a plongée « vraiment dans le fond ». Sa santé s’est dégradée, au point de nécessiter une hospitalisation et une opération importante. C’est dans ce contexte qu’on lui propose d’entreprendre une démarche de désintoxication. Elle accepte, portée par un profond sentiment d’épuisement, mais aussi par un désir de changement.
Le chemin vers le rétablissement n’est pas un long fleuve tranquille. Martine parle ouvertement des rechutes, mais aussi de sa détermination à se relever chaque fois.
« Je n’ai plus envie de cette vie-là »
Peu à peu, elle reconstruit ses repères, apprend à structurer son quotidien, à prendre soin d’elle et à accepter l’aide qui lui est offerte. « Il faut se donner la chance, une heure à la fois, un jour à la fois. »

C’est dans cette période charnière qu’elle entre en contact avec Chez Doris. L’accompagnement qu’elle y reçoit joue un rôle déterminant dans la suite de son parcours. Puis, un jour, une occasion se présente : un appartement devient disponible pour elle. Elle se souvient encore de sa réaction. « J’ai pleuré de joie. J’avais l’impression que ça ne pouvait pas m’arriver à moi. »
Son futur logement est simple, mais chaleureux. Pour Martine, il représente bien plus qu’un toit. Il devient un point d’ancrage, un lieu où elle pourra enfin se déposer sans crainte. « C’est moi qui vais mettre le positif chez moi », explique-t-elle. Mais surtout, c’est un espace où elle pourra reconstruire des liens importants.
Son fils, aujourd’hui âgé de 22 ans, reprend graduellement contact avec elle. Leur relation, mise à mal par les années difficiles, se répare peu à peu. Ils échangent davantage, se revoient, et bientôt, il pourra venir chez elle. Cette perspective l’émeut profondément. « Ça vient me chercher énormément. »
À celles qui vivent des situations similaires, Martine souhaite transmettre un message d’espoir. « Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Moi, je suis la preuve que ça fonctionne. » Derrière ces mots, il y a la reconnaissance du chemin parcouru, mais aussi de toutes les mains tendues qui ont permis d’y arriver.
Car derrière chaque parcours comme celui de Martine, il y a un écosystème de soutien essentiel. L’accès à un logement, l’accompagnement humain, les ressources offertes ne vont pas de soi. Ils existent grâce à l’engagement de personnes qui choisissent d’investir du temps et de l’argent pour changer les choses. Comme le dit Martine,
« Si ces ressources-là n’étaient pas là, je n’aurais jamais pu me rendre jusque-là »
Son histoire rappelle avec force que l’aide reçue peut transformer une vie. Et qu’en offrant à une femme un espace sécuritaire, on lui redonne beaucoup plus qu’un toit : on lui redonne la possibilité d’avancer et, surtout, de croire à nouveau qu’elle a droit au bonheur.
Aujourd’hui, Martine regarde vers l’avenir avec lucidité, mais aussi avec espoir. Elle souhaite continuer, simplement, dans cette direction. « Je veux que ça continue », dit-elle. Continuer à se relever, à bâtir, à retrouver sa place.
Une clé à la fois.