Lorraine : écrire pour ne pas mourrir

Publié le 25 février 2026
Lorraine : écrire pour ne pas mourrir

L’histoire de Lorraine est dure, parfois choquante. Les détails qu’elle partage sont crus, non pas pour provoquer, mais parce qu’elle a choisi de raconter sa vie exactement comme elle l’a vécue.

Pour elle, la vérité, même inconfortable, est essentielle pour comprendre le parcours de celles qui survivent à la rue, à la violence et à l’exploitation. À travers toutes ces années, une chose ne l’a jamais quittée : son talent pour l’écriture. Même dans la rue, dans le froid ou la peur, elle trouvait refuge dans les mots. La poésie était son échappée, sa façon de respirer un instant malgré tout.

Lorraine naît dans une famille nombreuse où l’amour n’avait pas sa place. La vie à la maison était marquée par l’alcool, la violence et la peur. À treize ans, après avoir reçu un coup de poing en plein visage de la part de son père, elle fuit. Seule, vulnérable, elle entre dans un monde où la rue devient son seul refuge.


Photo : Lorraine est la preuve vivante que bien accompagnée et soutenue, une femme vulnérable peut renaître et se reconstruire.

Pendant des années, elle affronte le froid, la faim et l’humiliation. Elle raconte, avec une vérité désarmante, comment elle marchait des nuits entières avec des chaussures aux talons si usés que le clou traversait la semelle.

Exploitée par des personnes qui profitaient de sa vulnérabilité, elle se retrouve d’abord dans des bars, puis dans le monde du strip-tease, puis dans la prostitution. Lorraine ne maquille pas cette réalité : elle parle d’agressions, de violences, d’humiliations qui la brisent peu à peu. Elle se retrouve à devoir « faire des clients » pour survivre. C’est en pensant à cette période qu’elle écrira plus tard :

« Là où il faisait le plus noir
Se trouvait sur un trottoir
Ce n’était guère de la gloire
Que de connaître tel désespoir »

Au fil des années, elle vit des scènes profondément traumatisantes. L’une d’elles la hante encore : vivre et travailler dans ses vêtements souillés, n’ayant même plus le contrôle de son corps, affaiblie par la drogue et la souffrance.

Un jour pourtant, quelque chose se brise ou se rallume. Elle en parle comme du fameux bas fond. Elle appelle un centre de désintoxication. Elle y entre et y reste. Peu à peu, le déclic se fait chez Lorraine. Elle retrouve doucement une force intérieure qu’elle croyait perdue. Elle en parlera ainsi plus tard dans un poème :

«J’ai repris mon courage et j’ai persévéré
Tel un fabuleux phénix, je me suis transformée.»

Ses poèmes deviennent un espace de guérison, mais aussi un outil pour sensibiliser. Elle s’implique pendant plus de 15 ans dans un organisme de lutte à l’exploitation sexuelle. Elle partage son histoire pour aider d’autres femmes à s’en sortir. Elle contribue même à la création de logements transitoires et signe symboliquement un chèque de 13,5 millions de dollars pour soutenir ce projet essentiel.

Aujourd’hui, Lorraine vit dans un logement sécuritaire grâce à Chez Doris. Et chaque soir, elle mesure l’ampleur de ce qu’elle a traversé. Elle raconte qu’en se couchant, elle enfouit son visage dans son oreiller, remplie de gratitude. Gratitude de ne plus être dehors lorsqu’il fait – 30°C, d’avoir un toit, un lit, et enfin un peu de paix.

Dans son poème, elle résume cette renaissance avec une simplicité bouleversante :

«Dieu protège et récompense les affligés
C’est pourquoi il m’a béni d’un magnifique foyer.»

Elle rêve maintenant de terminer son autobiographie, convaincue que sa vérité, même brutale et difficile, peut sauver des vies. Car Lorraine n’a jamais raconté son histoire pour choquer, mais pour éclairer, prévenir, inspirer. 

Aujourd’hui, elle avance avec dignité, solidité et une profonde compassion pour celles qui vivent ce qu’elle a vécu. Elle est la preuve vivante que, bien accompagnées et soutenues, les femmes vulnérables renaissent et se reconstruisent.

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